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NOUS NE POUVONS PLUS NOUS TAIRE: CHÁVEZ NE DOIT PAS CONTINUER DE GOUVERNER LE VENEZUELA

Paris 17.10.06 | Personne ne devrait s’immiscer dans les décisions souveraines d’un pays: c’est en tout cas ce que préconise un des lieux communs de la politique internationale. Mais il est des occasions où donner son opinion sur le destin de la nation devient une responsabilité politique, intellectuelle et éthique. En temps normaux, les personnes qui souscrivons cet article n’aurions pas pris position dans les élections du 3 décembre 2006, où M. Chávez aspire à la réélection, mais les signes de sa gestion, les tendances qui prédominent dans son action de gouvernement et bon nombre de ses positions sur la scène internationale nous interdisent de nous taire.

Il ne suffit pas qu’un dirigeant soit élu, il doit gouverner démocratiquement

Hugo Chávez a été élu en 1998 et ratifié en 2000 pour 6 ans. De même, la révocation de son mandat n’a pas été entérinée lors du référendum de 2004, même si de lourds soupçons pèsent encore sur la validité du scrutin. En plein doute, l’actuel président a largement dominé les élections des gouverneurs et des maires de cette même année 2004 et obtenu tous les sièges à l’Assemblée Nationale aux élections de 2005 suite au retrait des élections de l’opposition, qui porta à 75% le taux d’abstention.

M.Chávez se targue donc de sa supériorité électorale. Mais dès la première élection il a bénéficié d’un favoritisme démesuré en utilisant les fonds publics pour ses campagnes, tout en manipulant à sa guise l’organisme électoral. Ce favoritisme ne serait pas une raison suffisante pour condamner son régime car des gouvernements antérieurs se sont livrés à des abus similaires, même s’ils restaient bien en deçà de l’exagération et de l’impudeur du régime actuel. En revanche, ce qui nous renseigne sur la densité de ses convictions démocratiques ce sont les persécutions systématiques de ses adversaires, parmi lesquels Chávez en personne a décidé d’inclure –en plus des partis politiques, ses adversaires naturels- des syndicats, des médias et des journalistes, l’Eglise, des cadres et des ouvriers de l’entreprise pétrolière, des chefs d’entreprise, bref tous ceux qui sont en désaccord avec l’orientation du régime. Les moyens utilisés sont bien connus : la criminalisation de l’opinion au moyen d’une loi de censure, l’utilisation de la justice ordinaire pour harceler ses adversaires, qu’ils soient hommes politiques, journalistes, syndicalistes ou officier de l’armée dont les opinions diffèrent de celle du régime, l’utilisation de groupes armés (les “chemises rouges”) pour saboter l’opposition.

En guise de cerise sur le gâteau, les représailles contre les signataires de la demande de référendum révocatoire contre M.Chávez. Dans la meilleure tradition Maccarthyste, le gouvernement a utilisé la célèbre “liste Maisanta” pour licencier ou empêcher le recrutement de milliers d’opposants dans la fonction publique, ou pour leur refuser les appels d’offres de l’Etat, bien que ce droit soit garanti par la constitution. Sous Chávez, la démocratie vénézuélienne n’est même plus l’ombre de ce qu’elle fut.

La confrontation et le contrôle total érigé en système.

Certains défendent Chávez à cause de l’incompréhension, du sabotage et même du coup d’Etat contre son gouvernement. Il faut reconnaître que dans la lutte contre les abus de Chávez, nous avons assisté à un coup d’Etat au coeur de la confusion des événements d’avril 2002 puis ensuite à une grève pétrolière qui a contribué à deux ans de résultats économiques terribles. L’opposition ne peut prétendre faire preuve de naïveté face à ces faits. Mais le régime de Chávez s’est construit sous le signe de la confrontation et tous les moments critiques sont le produit de la stratégie du gouvernement pour la pousser à l’extrême.

Pour Chávez, les adversaires internes n’en sont pas, ce sont des ennemis à détruire. Le même langage que celui de M. Ahmadinejad quand il parle, avant et après le drame du Liban, de rayer Israël de la carte du monde; ou de celui de M. Bush et son “axe du mal”, quand il voulut diviser le monde entre ceux qui sont pour ou contre les Etats Unis. Comme le dit Carl Schmitt, la rhétorique et l’action du régime vénézuélien s’appuient sur une logique selon laquelle la politique n’a de sens que si elle s’est définie un ennemi à détruire. Et c’est cette logique qui s’est imposé dans l’esprit et dans l’action de M.Chávez depuis son arrivée au pouvoir. En Europe, nous nous souvenons tous des cataclysmes engendrés par cette logique entre les deux guerres mondiales.

La volonté d’opposer est le complément de l’obsession de tout contrôler. Pour celui qui croit pouvoir changer la civilisation d’un trait de plume, le pouvoir est tout. C’est pourquoi au Venezuela, tous les pouvoirs sont contrôlés d’une main de fer par le président, qui en use de manière indiscriminée et exclusive: l’armée, l’entreprise pétrolière, l’Assemblée Nationale, les gouvernements régionaux et locaux, les organismes d’administration de la justice, un réseau croissant de médias financés par le gouvernement et même les organismes fiscaux. Il est essentiel pour que sa révolution avance que tout repose entre ses mains. Et comme tout bon révolutionnaire, la prise du pouvoir est irréversible. Ce qui amène à menacer de mort une des règles d’or de la démocratie qu’est l’alternance. En témoignent les récentes menaces de changer la constitution pour instaurer sa réélection permanente.

Ces tendances sont un pas de plus dans le processus qui consiste à pulvériser la politique en tant que moyen de résoudre les affaires cruciales de la nation, ce qui suppose la condamnation a priori de l’adversaire car moralement incompétent. Les insultes contre Bush à l’assemblée générale de l’ONU sont équivalentes aux insultes à ses adversaires au Venezuela, ou aux mandataires du Pérou ou du Mexique. Insulter l’adversaire évite d’argumenter car il est tout simplement disqualifié. Avec de tels ennemis il ne reste que l’anéantissement. Inutile de préciser que les lambeaux qui subsistent de la démocratie vénézuélienne se trouvent gravement menacés par cette offensive autoritaire.

Qu’est devenue la révolution sociale?

Un nombre non négligeable d’intellectuels publics ou d’artistes en Europe et aux Etats-Unis ont manifesté leur soutien à M. Chávez principalement sur la base de deux arguments. Premièrement, parce qu’il s’oppose de manière virulente à la politique internationale de l’actuel gouvernement américain. Deuxièmement, parce que s’attaquer à la pauvreté prouve qu’il a le coeur du bon côté. En ce qui concerne la première affirmation, nul besoin d’être un génie pour s’opposer à la folie qui caractérise la domination néoconservatrice dans les sphères du pouvoir américain. Nombre de ses anciens alliés et une part croissante du propre électorat de son pays rejettent cette politique absurde qui prétend résoudre à coup de guerres les dilemmes complexes du XXIème siècle. Mais de là à soutenir n’importe quel tyran en herbe parce qu’il s’oppose à Bush, on ne peut que constater une naïveté digne d’une meilleure cause: une naïveté qui imite de manière perverse la logique des Etats-Unis justifiant leur soutien à de nombreux despotes avec qui ils avaient des ennemis et des intérêts en commun.

La deuxième affirmation est plus complexe. La révolution bolivarienne est née en critiquant la pauvreté, impardonnable dans un pays comme le Venezuela regorgeant de richesses naturelles. Quel est aujourd’hui le panorama, après presque une décennie de gouvernement chaviste? Ceux qui ont visité le Venezuela de l’ère Chávez peuvent témoigner que c’est l’économie informelle qui se développe principalement, même sous les forts taux de croissance de ces deux dernières années. Il est vrai qu’entre 2002 et 2004, son gouvernement a mis en marche les missions, des programmes sociaux qui se sont occupés des graves problèmes d’accès aux soins médicaux de base ou du coût élevé de la vie, qui concernent selon les estimations 40 ou 50 % des secteurs les plus pauvres. Nous saluons naturellement cet effort, mais ce n’est pas la première fois qu’on met en place de telles allocations au Venezuela.

Cependant, comment expliquer qu’au bout de 8 ans de gouvernement bolivarien la misère subsiste et même augmente ? De 1999 à 2005, le revenu par personne n’a jamais dépassé les niveaux de 1998, alors que les prix du pétrole se voyaient multipliés quasiment par 10. De même, le chômage de 1999 à 2005 a été supérieur à la période 1995-1998. En 2005, le chômage a subi une décrue importante, mais il restait encore supérieur aux niveaux atteints pendant la même période. Ainsi, la tendance à produire de la pauvreté ne s’est pas inversée, même avec d’énormes ressources pétrolières.

Rien ne justifie donc la confusion fabriquée par la coûteuse propagande de Chávez, qui conduit bon nombre d’intellectuels à tenir un double discours qui réclament les droits de l’Homme dans certains pays et les rejettent au Venezuela.

Qu’héritons-nous de l’expérience Chávez au Venezuela?

Malheureusement rien de constructif, à moins que l’on pense que la guerre, l’insulte comme succédanée de la politique, la démocratie comme spectacle plébiscitaire, l’utilisation des ressources pétrolières pour acheter des voix sur la scène internationale ou faire pression sur les nations voisines, la course à l’armement, l’antisémitisme, le soutien inconditionnel aux régimes de Cuba, d’Iran, de Syrie, du Belarus, au Hezbollah libanais, ou l’intervention sans vergogne dans les affaires internes de pays tels que le Pérou, le Chili, le Mexique, la Colombie ou la Bolivie représentent une avancée de la civilisation.

C’est pour ces raisons que nous manifestons que le peuple vénézuélien ne mérite pas de rester soumis au régime de M. Chávez.

Leonardo Vivas, sociologue
Vladimiro Mujica, scientific
Carole Leal, historienne
Juan Rafael Pulido, sociólogo
Gilles Graber, enseignant
Humberto Morales, psiquiatre
Natacha Marquez, documentaliste
Carmela Garipoli, artiste
Lena Soffer, architecte
Raquel Chonchol, manager culturel
Emilda Velasco, sociologue
Carlos Poveda, artiste
Arcely Morales, journaliste
John García, politologue
Francisco Meriño, ingenieur
Consuelo Iranzu, sociologue



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